La PAUVRETÉ en NOUVELLE-FRANCE
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La PAUVRETÉ en NOUVELLE-FRANCE
La mendicité à Québec sous le régime français
SOURCE: Revue Canadienne, VOL. XXVI (1890), ARTICLE de J.-Edmond Roy
Mots clés : mendicité, Pauvreté, Québec (province)
Charlevoix dit de nos ancêtres: «Les manières douces et polies étaient connues à tous; et la rusticité, soit dans le langage, soit dans les façons, n'était pas même connue dans les campagnes les plus écartées... Il semblait que tous les biens fussent communs dans cette colonie; on fut assez longtemps sans rien fermer sous la clef, et il était inouï qu'on en abusât.»
Le portrait que Charlevoix trace de nos ancêtres est vrai. Ils étaient éminemment charitables et hospitaliers. Seulement, à l'époque comme aujourd'hui, les faux mendiants existaient, et c'est pour séparer l'ivraie d'avec le bon grain que le Conseil souverain, le 11 mai 1676, a adopté le règlement suivant:
«Il est fait défense à toutes personnes se disant pauvres et nécessiteuses de quêter et mendier dans cette ville (Québec) et banlieue sans le certificat de leur pauvreté, signé par le juge ou curé des lieux, contenant leurs demeures, lequel sera représenté au dit lieutenant général et procureur du Roi, sur peine de punition corporelle.»
En 1688, le Conseil souverain établit un Bureau des pauvres à Québec.
Ce bureau devait être composé du curé qui avait charge de rechercher les pauvres honteux et les misérables, d'un directeur auquel s'adressaient ceux qui voulaient obtenir des aumônes (ce directeur s'efforçait en même temps de procurer de l'ouvrage à ceux qui pouvaient travailler), d'un trésorier qui recevait les aumônes et d'un secrétaire qui tenait note de toutes les délibérations.
Les premiers officiers du Bureau des pauvres de Québec, outre le curé, furent M. Ruette d'Auteuil, directeur des pauvres, Paul Dupuy, trésorier, et Jean-Baptiste Peuvret de Mesnu, secrétaire.
L'institution du Bureau des pauvres à Québec fit disparaître la mendicité dans la ville, en ce sens qu'il fut fait défense à tout pauvre de mendier, à peine de punition corporelle.
En 1693, Mgr de Saint-Vallier fonda l'Hôpital général de Québec, et le Bureau des pauvres disparut pour un certain temps. On croyait que la nouvelle fondation rencontrerait tous les besoins.
Cinq ans plus tard, en 1698, on fut obligé de revenir à l'ancien système. Le Bureau des pauvres fut remis sur pied par le Conseil souverain, le 22 février 1698. La délibération de ce jour constate que, «depuis que l'assemblée des directeurs du Bureau des Pauvres établi à Québec le 18 avril 1688, a discontinué de tenir, plusieurs canailles et fainéants, sous prétexte de pauvreté, incommodent les bourgeois et habitants, allant mendier de porte en porte au lieu de travailler comme plusieurs pourraient le faire aisément». Les officiers nommés, le 22 février 1698, pour aider le curé de Québec furent MM. D'Auteuil, Dupuy, Peuvret de Mesnu et Bécard de Grandville. Un peu plus tard, M. Duplessis accepta la charge de trésorier.
Le Bureau des pauvres reconstitué en 1698 resta en fonction jusqu'à la fin du régime français.
Dès son arrivée à Québec, Mgr de Pontbriand constata que les pauvres des campagnes affluaient à Québec. Le 22 août 1742, il proposa au ministre d'adopter ici les mêmes dispositions qu'en France pour obliger chaque paroisse à nourrir ses pauvres.
«Il est constant», disait-il, «que déjà les mendiants se sont multipliés dans le Canada, et j'en ai vu cette année en grand nombre venir à Québec même de soixante lieues. Il est à craindre que bien loin que ce nombre diminue, il ne fasse qu'augmenter. Vous savez les inconvénients qu'entraîne cette mendicité: beaucoup de crimes, beaucoup de vols et mille désordres qui sont la suite d'une vie vagabonde et errante, et qui empêche la culture des terres.»
La proposition de Mgr de Pontbriand ne fut pas adoptée. La mendicité était défendue dans les rues de Québec depuis 1688, mais les Québécois d'alors, comme ceux d'aujourd'hui, étaient charitables. Ils aimaient mieux se tromper de temps en temps sur le mérite de ceux qui mendiaient que de courir le risque de refuser l'aumône à un bon pauvre.
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SOURCE: Revue Canadienne, VOL. XXVI (1890), ARTICLE de J.-Edmond Roy
Mots clés : mendicité, Pauvreté, Québec (province)
Charlevoix dit de nos ancêtres: «Les manières douces et polies étaient connues à tous; et la rusticité, soit dans le langage, soit dans les façons, n'était pas même connue dans les campagnes les plus écartées... Il semblait que tous les biens fussent communs dans cette colonie; on fut assez longtemps sans rien fermer sous la clef, et il était inouï qu'on en abusât.»
Le portrait que Charlevoix trace de nos ancêtres est vrai. Ils étaient éminemment charitables et hospitaliers. Seulement, à l'époque comme aujourd'hui, les faux mendiants existaient, et c'est pour séparer l'ivraie d'avec le bon grain que le Conseil souverain, le 11 mai 1676, a adopté le règlement suivant:
«Il est fait défense à toutes personnes se disant pauvres et nécessiteuses de quêter et mendier dans cette ville (Québec) et banlieue sans le certificat de leur pauvreté, signé par le juge ou curé des lieux, contenant leurs demeures, lequel sera représenté au dit lieutenant général et procureur du Roi, sur peine de punition corporelle.»
En 1688, le Conseil souverain établit un Bureau des pauvres à Québec.
Ce bureau devait être composé du curé qui avait charge de rechercher les pauvres honteux et les misérables, d'un directeur auquel s'adressaient ceux qui voulaient obtenir des aumônes (ce directeur s'efforçait en même temps de procurer de l'ouvrage à ceux qui pouvaient travailler), d'un trésorier qui recevait les aumônes et d'un secrétaire qui tenait note de toutes les délibérations.
Les premiers officiers du Bureau des pauvres de Québec, outre le curé, furent M. Ruette d'Auteuil, directeur des pauvres, Paul Dupuy, trésorier, et Jean-Baptiste Peuvret de Mesnu, secrétaire.
L'institution du Bureau des pauvres à Québec fit disparaître la mendicité dans la ville, en ce sens qu'il fut fait défense à tout pauvre de mendier, à peine de punition corporelle.
En 1693, Mgr de Saint-Vallier fonda l'Hôpital général de Québec, et le Bureau des pauvres disparut pour un certain temps. On croyait que la nouvelle fondation rencontrerait tous les besoins.
Cinq ans plus tard, en 1698, on fut obligé de revenir à l'ancien système. Le Bureau des pauvres fut remis sur pied par le Conseil souverain, le 22 février 1698. La délibération de ce jour constate que, «depuis que l'assemblée des directeurs du Bureau des Pauvres établi à Québec le 18 avril 1688, a discontinué de tenir, plusieurs canailles et fainéants, sous prétexte de pauvreté, incommodent les bourgeois et habitants, allant mendier de porte en porte au lieu de travailler comme plusieurs pourraient le faire aisément». Les officiers nommés, le 22 février 1698, pour aider le curé de Québec furent MM. D'Auteuil, Dupuy, Peuvret de Mesnu et Bécard de Grandville. Un peu plus tard, M. Duplessis accepta la charge de trésorier.
Le Bureau des pauvres reconstitué en 1698 resta en fonction jusqu'à la fin du régime français.
Dès son arrivée à Québec, Mgr de Pontbriand constata que les pauvres des campagnes affluaient à Québec. Le 22 août 1742, il proposa au ministre d'adopter ici les mêmes dispositions qu'en France pour obliger chaque paroisse à nourrir ses pauvres.
«Il est constant», disait-il, «que déjà les mendiants se sont multipliés dans le Canada, et j'en ai vu cette année en grand nombre venir à Québec même de soixante lieues. Il est à craindre que bien loin que ce nombre diminue, il ne fasse qu'augmenter. Vous savez les inconvénients qu'entraîne cette mendicité: beaucoup de crimes, beaucoup de vols et mille désordres qui sont la suite d'une vie vagabonde et errante, et qui empêche la culture des terres.»
La proposition de Mgr de Pontbriand ne fut pas adoptée. La mendicité était défendue dans les rues de Québec depuis 1688, mais les Québécois d'alors, comme ceux d'aujourd'hui, étaient charitables. Ils aimaient mieux se tromper de temps en temps sur le mérite de ceux qui mendiaient que de courir le risque de refuser l'aumône à un bon pauvre.
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